Ils ont décidé de vivre heureux, c’est la raison pour laquelle ils ont choisi de se « déclasser »

Unknown

Chaque année, de jeunes surdiplômés décident de tout plaquer pour s’orienter vers un poste moins coté mais qui leur correspond mieux. Ils évoquent les amis qu’ils ont perdus, les doutes qui les rongent au quotidien et le bonheur de retrouver le plaisir d’aller travailler.

 

Ils avaient pourtant bien coché toutes les cases qui les mèneraient à la réussite : après de longues études, ils ont décroché un CDI et une rémunération confortable… A 25 ans, leur chemin était tout tracé, la seule chose qu’il leur restait alors à faire était d’activer le pilotage automatique qui les maintiendrai sur le cap qu'ils avaient pris. Mais un jour, des turbulences sont arrivées, et c’est à partir de ce moment qu’ils ont commencé à se poser une question : « Tout ça pour ça ? ». Ils ont alors fait un pas dans le vide. Le témoignage de Chloé, avocate de 32 ans, est sans appel : « Pour moi, c’était clairement une question de survie. Plusieurs fois, je me suis faite malmener par des juges. Je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer ainsi. Je me sentais prisonnière, comme si j’étais enfermée à Alcatraz depuis quelques années. C’était un peu comme si j’étais en train de me perdre, comme si je ne savais plus vraiment qui j’étais. Aujourd’hui, je suis devenue danseuse. C’est un métier que je rêvais de faire depuis des années, et je suis désormais épanouie »

 

Maya a 32 ans. Après avoir eu son diplôme d’ingénieur en aéronautique et avoir travaillé pendant six ans, elle a, elle aussi, décidé de changer de métier. « C’était très intéressant au début, et très excitant de travailler sur quelque chose de concret après ces 5 années d’études théoriques intenses. Mais au bout de quelques mois, j’ai commencé à me lasser. Je devais faire des heures à n’en plus finir, sur des projets toujours sensiblement identiques. Je n’avais plus le temps de faire de sport, alors que c’était très important pour moi, pour rester en forme. Alors j’ai décidé de tout lâcher pour devenir coach sportive ». A 29 ans, l’ancienne ingénieure a alors fait une formation pour obtenir son diplôme de Coach Sportif. « J’ai très rapidement trouvé du travail. Au bout de deux ans, mon patron a ouvert une nouvelle salle, et m’a donné la responsabilité de cette dernière. Je n’ai aucun regret d’avoir fait ce changement de carrière. »

 

Chloé et Maya ne sont pas les seules à avoir fait le choix de s’orienter vers un autre avenir professionnel que celui qui leur était destiné. D’une manière générale, la décision de quitter la zone de confort qu’ils ont obtenu dès le début de leur carrière n’est pas une décision irréfléchie, prise sur un coup de tête après une journée difficile. La reconversion est bien souvent liée à un environnement stressant au travail qui pousse les gens à changer de voie pour s’épanouir sur le plan professionnel, ce qui a une incidence directe sur l’épanouissement personnel.

 

Dans de nombreux cas de reconversion, la famille est à l’origine de ce changement. En effet, nombre d’entre eux se sont lancés dans une carrière sous la pression des parents. Ils étaient bons élèves, et ont suivi, consciemment ou inconsciemment, le projet que leurs parents avaient pour eux. Mais ce n’était pas forcément le métier qu’ils auraient voulu faire, et décident alors de tout plaquer pour rejoindre la profession qui les attire vraiment.

 

C’est notamment le cas de Jean, 45 ans, qui a commencé sa carrière de consultant en ressources humaines il y plus de vingt ans. « Mon père était menuisier, j’adorais passer du temps dans son atelier, et j’aurais bien voulu travailler avec lui. Mais avec les résultats que j’obtenais à l’école, on m’a poussé à poursuivre mes études. Après mon bac orienté vers les sciences économiques, que j’ai obtenu avec une mention bien, j’ai poursuivi mes études dans le domaine des ressources humaines. J’ai travaillé dans ce milieu pendant plus de vingt ans, poursuit Jean. Lorsque la crise économique a commencé, j’ai dû effectuer un certain nombre de licenciements. Il y en avait de plus en plus, les entreprises ne m’appelaient quasiment que pour cela.  Je ne pouvais plus continuer ainsi, alors j’ai tout arrêté, et j’ai repris l’entreprise de menuiserie de mon père. Il n’y avait personne pour la reprendre, et il a finalement été heureux que ce qu’il avait bâti de ses mains durant toutes ces années perdure. »

 

Dépasser le cap de laisser une situation stable sans vraiment savoir ce qui nous attend derrière n’est pas toujours chose facile. Beaucoup de gens y pensent, mais tous n’osent pas franchir le pas. Certains évènements comme une dépression, une séparation ou un voyage à l’étranger sont des éléments déclencheurs qui reviennent assez souvent.

 

D’autres, comme Luc, avaient d’abord essayé d’avoir une double activité. Ce chercheur en biologie de 32 ans, passionné de musique, travaillait dans son laboratoire la journée, et passait ses soirées et week-end à animer des bars dans Paris. « Quand j’ai commencé à mener cette sorte de double-vie, j’étais vraiment satisfait. Mes journées étaient rythmées par deux choses qui me plaisaient ». Mais la situation s’est complexifiée : « Au bout d’environ 6 mois, c’est devenu compliqué de concilier les deux. J’étais vraiment fatigué, et la pression que j’avais au labo se faisait de plus en plus ressentir ». Luc a alors fait un burnout. « Mes médecins m’ont alors dit qu’il fallait que je fasse un choix. Etrangement, je n’ai eu aucun mal à laisser tomber le labo, pour me consacrer à la musique, et je me sens beaucoup mieux, j’ai vraiment l’impression d’être à ma place ».

 

Luc a dû faire face à l’incompréhension de son entourage. Lui qui réussissait si bien sa vie professionnelle, pourquoi a-t-il tout lâché pour se lancer dans la musique ? Comme Luc, beaucoup ne sont pas compris par leur famille.

 

Diplômé de l’INSEEC Business School, Quentin a décidé de quitter sa zone de confort et son poste au sein du service Marketing d’une grande entreprise pour devenir pâtissier. Son salaire s’en est trouvé considérablement affecté, comme la répartition et le nombre d’heures de travail qu’il doit désormais effectuer. Pour lui, les commentaires de son entourage sont mitigés « Quand je l’ai annoncé à ma famille, ils n’ont pas compris. Tous ces efforts pour en arriver là, et tout arrêter comme ça, c’était insensé. Je leur ai donc expliqué mon projet final », indique Quentin. Ce passionné de voyage à tout préparé. « J’adore voyager, surtout en Asie. Mon objectif est de gagner en expérience ici, pour ensuite aller m’installer en Chine, à Kunming dans la province de Yunnan ». Quentin peut compter sur sa famille pour le soutenir : « J’étais vraiment dubitative au début, mais quand il nous a expliqué son projet de A à Z, j’étais vraiment contente de le voir aussi heureux. Cela faisait un certain temps, qu’il n’avait pas été aussi enthousiaste » déclare sa sœur.

 

Aujourd’hui, tous nos reconvertis sont absolument ravis de ce choix. Ils partent travailler chaque matin avec plaisir.

 

Après plus de 15 ans passés à l’armée, le lieutenant Benoît a mis son treillis au placard et l’a remplacé par un tablier : il a décidé de vivre de sa passion en ouvrant sa chocolaterie artisanale. Il nous confie que « Les débuts n’ont pas été simple. Bien que diplômé en Stratégie d’Entreprise, vous imaginez bien qu’après tout ce temps à l’armée, mes cours étaient bien loin. Mais j’ai décidé de permettre à deux jeunes apprentis de participer à l’expérience. J’ai pu les former assez rapidement, ce qui m’a permis de mes concentrer sur mon entreprise. Aujourd’hui, tout roule, ajoute-il, je vis de ma passion ». Patrick avait fait le tour de ce que son emploi pouvait lui apporter, et c’était important pour lui de passer à autre chose pour continuer à s’épanouir.

 

Mais faire face aux difficultés que l’on rencontre n’est pas toujours aisé, c’est la raison pour laquelle une partie de ceux qui ont tenté l’aventure renoncent finalement à continuer sur ce chemin.

 

Jeanne, cuisinière de 26 ans vivant à Paris a souhaité essayer : « Après avoir obtenu mon bac pro en restauration à 18 ans, j’ai trouvé un emploi assez facilement ». Tout se passait plutôt bien pour elle car « Au travail, l’ambiance était bonne. Le chef souhaitait que l’on se sente bien dans sa cuisine, et une fois par semaine, il nous donnait l’opportunité de choisir le plat du jour que l’on souhaitait réaliser et nous mettait aux commandes de l’équipe ». Mais bien que son emploi lui plaisait, il lui manquait quelque chose. « J’ai toujours été créative. En cuisine on peut l’exprimer chez soi, mais difficilement au travail lorsque l’on n’est pas chef ». Passionnée de mode depuis toujours et adepte de la couture, elle a alors réfléchi à la reconversion puis s’est lancée. « Quand j’ai commencé, j’étais comme une enfant. J’avais ma propre entreprise, et je pouvais exprimer toute ma créativité. Mais les problèmes ont vite commencé, car sans avoir de formation pour gérer une société, c’est compliqué. J’ai abandonné au bout de trois mois ». Par chance pour elle, elle a pu retrouver son précédent poste.

 

La reconversion est de plus en plus fréquente, quelle que soit la génération. Un métier que l'on n'a pas effectué par choix qui ne nous satisfait plus, un métier effectué par choix mais qui ne nous convient plus, une routine qui nous ennuie, une évolution du métier qui ne nous convient pas ou encore un licenciement sont facteurs de cette volonté de changer de vie. 

 

Samuel Bertout

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